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Qui Fait la Bretagne ?

Le premier "Who's who bretons" voit enfin le jour. Basé sur des centaines de portraits rédigés depuis 2005 par nos journalistes, nous mettons ces ressources à votre disposition. Entrepreneurs, scientifiques, sociologues, politiques, etc… Découvrez les hommes et les femmes qui font la Bretagne.

Qui est vraiment Gaël Roblin ?

01/12/2008
En 2004, Gaël Roblin avait été condamné à trois ans de prison pour association de malfaiteurs à visée terroriste mais acquitté pour l’attentat mortel du McDonald’s de Quévert. Le parquet avait fait appel de ce dernier jugement. Le procès qui a débuté le 17 novembre pourrait cependant être écourté car jugé “irrecevable”. Au centre de ce procès, le militant indépendantiste s’explique pour Bretons.

C’est le jour de la rentrée des classes. Gaël Roblin vit à Fresnes, en région parisienne. Il a 6 ans. Il rentre en CP. Il raconte : “La classe était constituée d’enfants de toutes les origines : des Africains, des Maghrébins… La maîtresse nous pose la question : Y a-t-il quelqu’un qui n’est pas français ici ? Je réponds : Oui, moi ! Je suis breton…”
Trente ans plus tard, le 17 novembre dernier, Gaël Roblin - mine espiègle et cause indépendantiste toujours chevillée au corps – comparaît devant la cour d’assises spéciale de Paris. Il est jugé en appel, aux côtés de Pascal Laizé et Christian Georgeault, dans l’affaire de l’attentat du McDonald’s de Quévert (22). Le 19 avril 2000, une bombe avait provoqué la mort d’une jeune employée de la chaîne de restauration. Les regards s’étaient alors tournés vers l’Armée révolutionnaire bretonne (ARB), organisation clandestine qui avait multiplié les actes terroristes à la fin des années quatre-vingt-dix.
Au moment des faits, il est le porte-parole prolixe et médiatique d’Emgann, mouvement indépendantiste breton, considéré par certains observateurs comme “la vitrine légale” de l’ARB. Si Gaël Roblin a admis, lors d’un retentissant procès en 2004, avoir été un temps en contact avec l’ARB, il a toujours rejeté l’idée d’une quelconque participation aux attentats. Ces explications sont jugées peu convaincantes par l’accusation. Soupçonné d’être le commanditaire de l’opération du drame de Quévert, le procureur général requiert quinze ans de réclusion contre lui. Finalement, il écope de trois ans pour “association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste”, et est acquitté pour Quévert. Incarcéré à la Santé en détention préventive de 2000 à 2004, Gaël Roblin aura passé quatre ans derrière les barreaux.

“Indépendantiste, tout simplement”
Charismatique pour les uns, narcissique et arrogant pour les autres... la personnalité complexe de l’accusé avait été au cœur des débats lors du premier procès en assises, en 2004. Mais qui est-il réellement ? Qui se cache derrière cette gueule d’ange et ce visage d’éternel adolescent ? Un révolutionnaire lyrique ? Un agitateur public ? Un communiste utopique ?
Gaël Roblin est né à L’Haÿ-les-Roses (94), en banlieue parisienne. Son enfance, il la passe dans des quartiers populaires, entre Fresnes et Les Ulis. Élevé par ses parents dans l’amour de la région, il ne se passe pas une année sans que la famille ne “descende” en Bretagne. Ses parents divorcent, il a 15 ans. Gaël suit d’abord sa mère, en Alsace, avant de finalement rejoindre son père, parti vivre à Ploufragan (22). Un grand-père adhérent au Parti socialiste unifié (PSU), un père employé cégétiste... C’est dans cet univers familial que sa personnalité politique se forge : “J’ai été élevé dans l’idée qu’il fallait essayer de rééquilibrer la dichotomie sociale”. De sa mère, assistante sociale, il hérite davantage d’un goût pour la lecture.
Adolescent, il fréquente les Jeunesses communistes révolutionnaires (JCR). Trois réunions, pas plus. “C’était chiant”. En 1987, il croise pour la première fois sur son chemin des membres d’Emgann. “Ils étaient droits, attachants et chaleureux”, se rappelle-t-il. Séduit, il ne tarde pas à participer à des manifestations de soutien aux indépendantistes emprisonnés.
Élève rebelle mais pas vraiment brillant, Gaël Roblin quitte l’école en classe de première. Après deux redoublements. Vient alors le temps des petits boulots et des squats de ville en ville. À Nantes, où il s’installe au milieu des années quatre-vingt-dix et milite dans diverses associations, il est embauché en tant qu’aide maternelle dans une école Diwan avant d’être renvoyé par son employeur, qui le juge trop “fainéant”. Au sein d’Emgann, on lui a remarqué d’autres aptitudes : c’est un excellent orateur, un harangueur de foule. Il en devient ainsi le porte-parole, en 1998. Deux ans plus tard, en 2000, la vie de ce “militant banal” bascule. Avec la suite que l’on connaît.
Huit longues années de procédures ont, depuis, “épuisé” Gaël Roblin. “Avoir été montré du doigt pendant tout ce temps, c’est déjà une forme de condamnation. C’est moralement fatigant”. Fatigué, certes, mais pas abattu. À 35 ans, Roblin plie mais ne rompt pas. À Emgann, il est désormais “chargé des relations extérieures avec les autres partis”. L’homme n’a rien perdu de sa verve révolutionnaire, ni de sa capacité de révolte. Son séjour à la Santé n’a guère freiné ses ardeurs politiques.
D’ailleurs, tout est politique chez lui. Son passage en prison ? Il en retient le sentiment d’avoir été “dévoré par un appareil répressif”. Cette expérience l’a d’ailleurs conforté dans ses convictions “que les dérives autoritaires arrivent vite”. Son avis sur le juge Thiel (magistrat anti-terroriste qui a décidé contre l’avis du parquet de le renvoyer devant la cour d’assises lors de la première enquête) ? Là encore, Roblin n’en fait pas une affaire personnelle, mais un combat politique : “Thiel est simplement un militant proche des idées de Jean-Pierre Chevènement, archétype du nationaliste républicain et jacobin. Pour lui, j’incarnais le mal absolu. Ça suintait la haine anti-communiste. Mais je ne lui en veux pas, car c’est juste un militant, comme moi”.
Roblin, c’est un dur au visage angélique. Lors de son procès en 2004, c’est à peine s’il avait montré son émotion, quand à la barre, il avait évoqué la mort de son père. Gaël Roblin avait seulement eu le droit de se recueillir quelques minutes sur le cercueil, menotté et entouré de quatre militaires armés. “C’était dégueulasse et rien ne justifiait cela (...) Ce jour-là, l’armée française s’est réellement comportée comme une troupe d’occupation”, avait-il protesté à l’époque.
La prison l’a plutôt “endurci”. Et lui a laissé des traces. “Aujourd’hui, le bruit des sirènes me rappelle trop les transports en fourgons cellulaires. Et quand j’entends des cliquetis de clés, c’est pareil. Ça me renvoie directement à la prison”. Toujours est-il qu’il en a profité pour étudier : entré sans diplôme en prison, il en est ressorti avec une licence en breton.
Aujourd’hui, Gaël Roblin campe toujours sur les mêmes positions. “Je suis indépendantiste, tout simplement”, plaide-t-il. Ce qui a changé : son discours plus lisse et surtout, dit-il, “j’ai appris à communiquer”. Terminé la sémantique guerrière : elle s’est dissipée avec les années. Le fond de sa pensée, pourtant, n’a pas évolué. Révolutionnaire ? Agitateur public ? Il goûte peu à ce dernier terme, mais ne dément pas vraiment.

Être en première ligne
Pour preuve, en 2005, moins d’un an après sa sortie de prison, Gaël Roblin se retrouve à la tête du mouvement anti-CPE, sur le campus de Rennes 2, université frondeuse à l’origine du mouvement de contestation national. Inscrit en Master de breton et celtique, il était l’un des “durs” du mouvement, un des meneurs des assemblées générales, servant au passage aux étudiants toute sa rhétorique marxiste. Marc Gontard, président de l’Université de Rennes 2, se souvient d’un “militant intransigeant”. “C’était un leader très charismatique et un excellent orateur, qui avait derrière lui une très grande pratique du discours politique”, se rappelle-t-il. Ce combat contre le contrat première embauche de Dominique de Villepin, c’est son modèle absolu d’action politique. Car, à ses yeux, les élections c’est bien, mais pas suffisant. “Ça ne fait pas avancer les choses. Le combat anti-CPE, ça c’était une belle révolte populaire et démocratique qui a obligé le gouvernement à plier !”.
L’efficacité politique selon Roblin passe par la rue. Être en première ligne, sentir l’odeur de la poudre... Dans un autre siècle, il aurait été sur les barricades. “Mais la révolution fait toujours partie de mon programme pour changer de société”, précise-t-il.
Roblin a une sympathie “naturelle” pour tout ce qui est rebelle. En tant que porte-parole d’Emgann, il a fréquenté et apprécié Jean-Guy Talamoni, chef nationaliste corse. Cesare Battisti, activiste italien d’extrême gauche qu’il a croisé à la Santé ? Il adore. Besancenot ? Oui, il l’aime bien, “mais trop tendre”, tranche-t-il.
Pourtant, lors des dernières élections municipales en 2008, il a effectué un rapprochement d’Emgann avec la LCR, et ainsi pris la quatrième place sur la liste “Rennes à gauche”, conduite par Valérie Faucheux. Ensemble, ils ont obtenu 5% des voix. En politique, celui qui est aujourd’hui formateur en langue bretonne, n’en était pas à son coup d’essai. Du fin fond de sa cellule, en 2004, il s’était en effet présenté aux cantonales de Plouagat, dans les Côtes-d’Armor. Roblin roulait alors sous l’étiquette Breizh dazont - en français : “Bretagne, un avenir”.

par Alexandre Le Drollec

photo : Emmanuel Pain

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